Glossaire sécurité incendie

Modes de propagation du feu

Les cinq voies par lesquelles un incendie se transmet
Autre SSIAP 1

Les cinq modes de propagation du feu : conduction, convection et rayonnement (transferts de chaleur), puis projection et épandage (déplacement de matière en combustion).

Définition

Un incendie ne reste jamais à son point de départ : il se propage. En sécurité incendie, on distingue cinq modes de propagation. Les trois premiers sont des transferts de chaleur au sens physique, les deux derniers un déplacement de matière en combustion.

  • Conduction : transfert de chaleur à travers la masse même d'un matériau, de proche en proche, sans que la matière se déplace. Un métal conduit très bien la chaleur ; en chauffant une poutre ou une canalisation métallique à une extrémité, on peut enflammer un combustible en contact à l'autre extrémité, parfois dans un local voisin.
  • Convection : transfert de chaleur par les fumées et les gaz chauds issus de la combustion. Plus légers que l'air froid, ils s'élèvent, se déplacent et cèdent leur chaleur aux obstacles froids qu'ils rencontrent. C'est le mode le plus redoutable en bâtiment : un feu de cave épargne les étages, mais les fumées chaudes montent par les cages d'escalier, gaines et trémies jusqu'aux niveaux supérieurs qu'elles peuvent embraser.
  • Rayonnement : transfert de chaleur par ondes électromagnétiques (infrarouge), sans contact ni support matériel. Le foyer émet une énergie qui traverse l'air et échauffe les corps exposés en face de lui. C'est ce qui explique que, face à un feu, le côté exposé est brûlant quand l'autre reste froid ; à forte intensité, le rayonnement suffit à enflammer un combustible à distance, sans qu'aucune flamme ne le touche.
  • Projection : transport de particules incandescentes (escarbilles, brandons, éclats enflammés) déplacées par le vent, les courants de convection ou une explosion. Elles retombent plus loin et ouvrent des foyers secondaires distants du foyer principal.
  • Épandage (ou écoulement) : propagation par un liquide inflammable enflammé qui coule le long du sol et embrase les combustibles rencontrés sur son passage. Un fût ou un bidon percé, un stockage qui se répand sous une porte : le feu suit le liquide et gagne des zones jusque-là préservées.

Cadre réglementaire

  • Les modes de propagation ne sont pas une notion réglementaire mais un fondamental pédagogique du référentiel SSIAP 1 (théorie du feu). Ils expliquent *pourquoi* la réglementation impose les dispositions constructives que l'agent connaît.
  • Le compartimentage et le recoupement des volumes (parois et portes coupe-feu, clapets, rebouchage des traversées) visent d'abord à contenir conduction et convection d'un local ou d'un compartiment à l'autre.
  • Le désenfumage (naturel ou mécanique) gère précisément la convection, en évacuant fumées et gaz chauds pour les empêcher d'envahir les circulations et de propager le feu en partie haute.
  • Les distances d'isolement entre bâtiments et les règles de façade (règle du C + D) répondent au rayonnement et à la projection, pour éviter la transmission d'un tiers à l'autre.

À retenir en pratique

  • La convection est le mode dominant dans un bâtiment : le danger monte. C'est pour cela qu'on ne laisse jamais une porte coupe-feu de cage d'escalier bloquée en position ouverte et qu'on surveille l'intégrité des recoupements.
  • Un feu peut « sauter » sans continuité de flamme : par rayonnement (échauffement d'un combustible en vis-à-vis) comme par projection (une escarbille qui retombe plus loin). Un foyer maîtrisé ne dispense donc pas de surveiller les zones voisines et les niveaux supérieurs.
  • La projection est le risque majeur des travaux par points chauds (soudure, meulage) : les étincelles peuvent tomber par une trémie et allumer un foyer à l'étage inférieur. D'où le permis de feu et la ronde de surveillance après travaux.
  • Face à un liquide inflammable, penser épandage : ne pas créer de cheminement (seuils, caniveaux) qui conduirait le liquide enflammé vers d'autres locaux ; d'où l'intérêt des cuvettes de rétention.
  • Comprendre par quel mode le feu progresse oriente l'action de l'agent : fermer un recoupement contre la convection, éloigner ou protéger un combustible exposé au rayonnement, surveiller les retombées de projection.

Confusion fréquente

On oppose souvent « trois modes » et « cinq modes », et les deux réponses coexistent selon le point de vue. En physique, il n'existe que trois modes de transfert de la chaleur : conduction, convection et rayonnement. La pédagogie SSIAP y ajoute deux modes de propagation du feu qui ne sont pas, à proprement parler, des transferts de chaleur mais des déplacements de matière en combustion : la projection (des particules incandescentes voyagent) et l'épandage (un liquide enflammé s'écoule). D'où le total de cinq. Retenir cette distinction évite l'erreur classique en examen : parler de « trois modes de propagation » alors que le référentiel en attend cinq. Autre confusion : convection et rayonnement. La convection a besoin d'un fluide support (les fumées, les gaz chauds) et propage donc la chaleur vers le haut ; le rayonnement traverse l'air sans support et se propage en ligne droite dans toutes les directions, y compris vers un combustible situé en face du foyer.

Voir aussi

  • Triangle du feu - les trois éléments nécessaires à la combustion, en amont de la propagation
  • Classes de feu - la nature du combustible qui alimente et prolonge le feu
  • Coupe-feu - le compartimentage qui s'oppose à la conduction et à la convection
  • Point d'éclair - le seuil de dangerosité des liquides inflammables, en lien avec l'épandage
  • Auto-combustion - un départ de feu sans source d'ignition extérieure
  • Compartimentage - la réponse constructive à la conduction et à la convection
  • Flux thermique - la mesure chiffrée du rayonnement, en kW/m²
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