Glossaire sécurité incendie

Nappe non enflammée

L'épandage d'hydrocarbure avant inflammation
concept SSIAP 1

Un épandage d'hydrocarbure est une nappe de liquide inflammable répandue au sol. Tant qu'elle n'est pas enflammée, il n'y a rien à éteindre : le danger tient aux vapeurs, qui forment une atmosphère explosible, et aux sources d'ignition. La conduite consiste à donner l'alarme selon la consigne, alerter, supprimer les sources d'ignition, endiguer et absorber si la nappe reste abordable, baliser et rendre compte. Enflammée, la même nappe donne un feu de classe B, traité tout autrement.

De quoi il s'agit

Un épandage d'hydrocarbure est une nappe de liquide inflammable répandue au sol : gazole sous un groupe électrogène, essence tombée d'un réservoir, fioul sorti d'une cuve, huile ou solvant échappé d'un fût mal arrimé. Tant que cette nappe n'est pas enflammée, il n'y a pas de feu. Il y a un risque de feu, ce qui n'est pas la même chose et n'appelle pas les mêmes gestes. Le liquide reste un combustible de classe B : enflammé, il donne un feu traité tout autrement. Cette fiche porte sur l'état non enflammé.

Dans un liquide inflammable, ce ne sont pas les liquides qui brûlent, ce sont leurs vapeurs. Une nappe qui s'étale offre une surface d'évaporation croissante, donc davantage de vapeurs. Pour la plupart des hydrocarbures, ces vapeurs sont plus lourdes que l'air : elles cheminent au ras du sol, gagnent les points bas, caniveaux, siphons, fosses et gaines, et peuvent former un mélange inflammable à distance de la flaque visible. Le danger est donc double : une atmosphère explosible, et toute source d'ignition qui se trouve sur son trajet.

Pourquoi l'extincteur n'est pas la réponse

Sur une nappe non enflammée, il n'y a rien à éteindre. Employer un extincteur y est inutile : le geste ne traite ni les vapeurs ni les sources d'ignition. Il n'est pas fautif pour autant, et personne n'a à être repris pour avoir décroché un appareil par réflexe.

Parmi les extincteurs, celui à dioxyde de carbone est le seul dont le souffle étale la nappe : le jet gazeux chasse le liquide et augmente sa surface d'évaporation, donc la quantité de vapeurs émises. L'eau et la poudre, elles, n'ont pas d'effet sur la nappe, ni utile ni aggravant. Le risque de pousser le produit vers un avaloir ou un point bas vient des moyens à fort débit, RIA en jet plein ou seau d'eau jeté, qui n'ont rien à faire sur une nappe non enflammée.

GesteEffet sur une nappe non enflammée
Supprimer les sources d'ignitionUtile : retire le déclencheur du sinistre
Endiguer et absorber au sable sec ou avec l'absorbant incombustible du siteUtile sur une nappe d'emprise limitée, abordable sans exposition : réduit la surface d'évaporation et fixe le produit. Moyen de fortune, il contient, il n'éteint pas, et il ne clôt pas l'incident
Employer un extincteur à poudreSans objet : aucune flamme à éteindre, geste inutile
Employer un extincteur à eauSans effet sur la nappe : ni utile, ni aggravant
Ouvrir un RIA en jet plein ou jeter un seau d'eauÀ éviter : le débit étale le produit et l'entraîne vers les points bas et les avaloirs
Diriger un jet de dioxyde de carbone sur la nappeContre-productif : le souffle étale le liquide et augmente les vapeurs

La conduite à tenir

  • Donner l'alarme selon la consigne du local. Certaines consignes prévoient l'action sur un déclencheur manuel même en l'absence de flamme, la nappe non enflammée restant un risque d'explosion. Choisir un déclencheur situé hors de la zone de vapeurs.
  • Alerter. L'alarme et l'alerte sont 2 gestes distincts : la première fait réagir l'établissement, la seconde fait venir les secours. Prévenir le poste de sécurité et l'exploitant, annoncer le produit si le contenant ou l'étiquette le donne, le local et l'ordre de grandeur de la surface touchée. Déclencher l'appel des secours publics selon les consignes de l'établissement.
  • Écarter et supprimer les sources d'ignition, sans s'exposer. Faire cesser les travaux par point chaud, interdire de fumer, éloigner les engins thermiques et les chariots, ne pas actionner d'appareillage électrique dans la zone de vapeurs, couper les énergies depuis un organe situé hors de cette zone. Aérer naturellement lorsque c'est possible, sans mettre en service un ventilateur qui n'est pas prévu pour une telle atmosphère.
  • Endiguer, si la nappe reste abordable. Ceinturer la nappe avec du sable sec ou l'absorbant incombustible du site, en travaillant de l'extérieur vers le liquide pour ne pas le pousser, en conservant une issue libre et en déposant doucement à la pelle, sans projeter. Protéger en priorité les avaloirs, siphons, descentes et seuils de portes.
  • Absorber. Recouvrir puis ramasser à la pelle dans un récipient adapté. Le matériau imprégné reste inflammable : il est entreposé à l'écart, jamais laissé en tas dans le local.
  • Renoncer au sable et se retirer quand la situation le commande. Nappe étendue, produit déjà parti vers un avaloir ou un point bas, atmosphère chargée, produit inconnu : on n'endigue pas. Écarter les sources d'ignition depuis une commande accessible, baliser, faire évacuer la zone et attendre les secours.
  • Baliser. Interdire l'accès, arrêter la circulation des véhicules, maintenir la zone tenue jusqu'à la remise en état du sol. Une nappe endiguée et absorbée ne clôt pas l'incident : le balisage est conservé et la situation transmise aux secours.
  • Rendre compte. Consigner l'événement sur la main courante et signaler la fuite à la maintenance. Sans traitement de la cause, la nappe réapparaît.

Le sable, un moyen de fortune

Le sable sec déposé doucement à la pelle contient la nappe, il ne l'éteint pas. Ce n'est pas un moyen normalisé et il ne porte aucune cotation de foyer type, à la différence des extincteurs portatifs, qui relèvent de la NF EN 3, et des RIA, qui relèvent de la NF EN 671. Il ne vaut que sur une nappe d'emprise limitée, abordable sans exposition. Projeté, le sable disperse le liquide au lieu de l'étouffer : le dépôt se fait doucement, à distance tenue.

Ce que le règlement prévoit, et ce qu'il ne prévoit pas

Le règlement de sécurité contre l'incendie dans les ERP place des réserves de sable à des endroits déterminés. Lorsque le combustible utilisé est liquide, EL 7 § 4 a) impose, pour les groupes électrogènes, "un dépôt d'au moins 100 litres de sable et une pelle". CH 12-1 § 3-1 g) reprend la même exigence, dans les mêmes conditions de combustible, pour les installations de cogénération. Plus largement, MS 4 énumère les moyens d'extinction parmi lesquels le choix s'opère, et cette liste se termine par les "moyens divers (réserves de sable, couverture, etc.)".

Ces prescriptions sont attachées à des locaux précis, le local du groupe électrogène à combustible liquide et le local de cogénération. Il ne faut pas en tirer une règle générale valable pour tout l'établissement : la réserve prescrite pour ces locaux ne se transpose pas d'office à un autre local. Ce qui s'applique ailleurs se lit dans le texte qui vise le local concerné.

Si la nappe s'enflamme

Le scénario change de nature : il devient un feu de liquide, de classe B, traité par étouffement de la surface et par inhibition, non par refroidissement. Voir feux gras et classes de feu. Les caractéristiques et la maintenance des extincteurs relèvent de MS 38, leur implantation et leur répartition de MS 39 : la présence d'un appareil adapté au risque du local se prépare avant l'incident, elle ne s'improvise pas pendant.

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