Glossaire sécurité incendie

Composition pyrotechnique

Pourquoi aucun moyen d'extinction n'arrête un engin pyrotechnique
concept SSIAP 2

Mélange d'un oxydant et d'un réducteur dans un même corps : l'engin pyrotechnique porte son comburant et ne prélève pas l'oxygène de l'air. Le refroidissement, l'étouffement, l'isolement comme l'inhibition sont donc inopérants sur la charge, la conduite tenable est de contenir, d'isoler la zone et de protéger jusqu'à consommation.

Une composition pyrotechnique associe dans un même corps un oxydant et un réducteur intimement mélangés : la réaction transporte son comburant et ne prélève pas l'oxygène de l'air. Cette fiche traite du mécanisme, la fiche artifice de divertissement traitant du régime applicable en ERP.

Un corps qui porte son comburant

Dans un feu de classe A ou de classe B, le combustible et le comburant sont séparés, et supprimer l'un des 2 arrête la combustion. Voir classes de feu. Une composition pyrotechnique supprime cette séparation. L'oxydant est déjà au contact du réducteur, à l'échelle de la particule, et la vitesse de réaction est fixée à la fabrication, pas par l'apport d'air.

Une fois amorcée, la charge n'est arrêtée par aucun des moyens de première intervention de l'établissement : elle réagit jusqu'à consommation. Aucune méthode de neutralisation n'est enseignée, l'immersion et le transfert dans un seau compris.

Certains réducteurs sont métalliques, aluminium ou magnésium. Un feu de métal relève de la classe D, où un produit prescrit existe, la poudre D, déposée doucement. Ici ce n'est pas le métal qui met l'extinction en échec, c'est l'oxydant embarqué dans la masse : aucun produit prescrit n'existe pour un engin pyrotechnique.

Pourquoi les agents extincteurs courants n'y changent rien

Les agents disponibles agissent selon 4 voies : refroidissement, étouffement, isolement, inhibition. L'étouffement est inopérant, la combustion ne dépendant pas de l'oxygène ambiant. L'isolement, qui sépare le combustible de l'air et des matières voisines, ne coupe pas davantage la réaction, puisque le comburant est embarqué dans la masse. Le refroidissement agit en surface alors que l'énergie est produite dans la masse.

La poudre ABC agit par inhibition de la réaction en chaîne et par étouffement. Ni l'une ni l'autre n'opère ici : l'inhibition casse des réactions radicalaires en phase gazeuse, l'étouffement suppose un comburant à écarter. La poudre D, prescrite sur les feux de métaux, agit par isolement du métal : elle ne s'applique pas davantage à une composition qui porte son comburant. Voir inhibition et extincteur à poudre.

MoyenMode d'actionEffet sur la composition
Eau, RIA NF EN 671, extincteur à eau pulvérisée avec ou sans additif AFFF ou A3F, NF EN 3Refroidissement, film isolantN'interrompt pas la réaction, reste utile sur les matériaux voisins
Extincteur à dioxyde de carboneÉtouffement, inertageSans effet, la teneur en oxygène n'est pas le paramètre
Extincteur à poudre polyvalente ABCInhibition de la réaction en chaîne et étouffementSans effet, le comburant est dans la masse et ne peut pas être écarté
Poudre D, prescrite sur les feux de métauxIsolement du métalSans effet sur une composition qui porte son comburant
Couverture NF EN 1869, sable des moyens divers de MS 4Isolement, étouffementNe coupe pas la réaction, peut masquer un foyer actif

Les extincteurs de l'établissement, caractéristiques selon MS 38 et répartition selon MS 39, gardent toute leur valeur : ils traitent les feux secondaires allumés autour de l'engin, ceux qui, eux, s'éteignent. La formulation juste n'est donc pas d'annoncer que l'on va éteindre, mais que l'on contient, que l'on isole et que l'on protège jusqu'à consommation de la charge.

Conduite opérationnelle

  • Alerter, appliquer les consignes de l'établissement, écarter le public de la zone.
  • Ne pas manipuler, ne pas déplacer, ne pas immerger l'engin : aucune neutralisation n'incombe au service de sécurité incendie, le traitement d'un engin non fonctionné relève des services compétents, alertés par le chef d'établissement.
  • Se tenir hors de l'axe d'émission et tenir le périmètre, y compris contre ceux qui veulent filmer ou récupérer l'objet.
  • Employer les moyens de secours sur ce qui brûle autour, mobilier, tentures, déchets : c'est là que l'extinction fonctionne.
  • Refroidir les matériels exposés au rayonnement, sans chercher à noyer l'engin.
  • Surveiller sans interruption, rendre compte et consigner sur la main courante.

La fin des émissions n'est pas la fin du risque

L'arrêt de la flamme, des étincelles ou de la fumée signale la fin de la réaction, pas le retour à un objet manipulable. Le corps de l'engin et ses résidus restent chauds, capables de réamorcer un feu de classe A alentour. La zone reste sous surveillance et le point de chute est signalé aux secours. Un engin qui n'a pas fonctionné, ou qui n'a fonctionné que partiellement, reste un engin : il est traité par le service compétent, pas par le service de sécurité incendie.

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