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Extincteur spécial lithium : faut-il en acheter avant novembre ?

Un devis arrive pour des extincteurs "spécial lithium" destinés au local vélos, et la direction vous demande votre avis. Que garantit aujourd'hui le marquage de ces appareils ? Que change la norme annoncée pour novembre ? Et l'eau, faut-il la bannir d'un feu de batterie ?

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par Mickael Mingeau
7 mn de lecture
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Comparatif d’extincteurs de sécurité incendie, dont un modèle spécial lithium, dans un local technique vide.

Le devis arrive par courriel. La direction l'a transféré avec une seule ligne : "On en met dans le local vélos ?" Il porte sur des extincteurs "spécial lithium", plus chers que les autres. Sur la fiche produit, une batterie en flammes, un nuage blanc, et la promesse d'en venir à bout.

Vous êtes chef d'équipe ou chef de service, et c'est à vous qu'on demande un avis. Vous répondez quoi ?

Avant de répondre, il faut savoir 4 choses. Ce que contient l'appareil. Ce que garantit son étiquette aujourd'hui. Ce qui change avec la norme attendue en novembre. Et ce qu'en dit l'organisme de référence en prévention des risques professionnels.

Ce qu'il y a dans l'appareil

Beaucoup de ces extincteurs projettent une dispersion aqueuse de vermiculite, abrégée AVD. C'est de l'eau chargée de fines particules d'un minéral incombustible. D'autres utilisent un gel ou un additif. L'eau refroidit. La vermiculite forme une couche qui recouvre et isole.

Sur le papier, l'idée se tient en partie. Une batterie lithium-ion en emballement thermique produit sa propre chaleur, cellule après cellule. Refroidir, c'est ce qu'on cherche. Couvrir l'est moins : une cellule en emballement produit elle-même une partie de son comburant.

Reste une question. Est-ce que ça marche sur une vraie batterie ?

Ce que garantit l'étiquette aujourd'hui

Je le rappelle à chaque face à face sur les moyens de secours : un marquage ne vaut que pour ce qu'il certifie. Ici, il y en a 2, et aucun ne porte sur le feu de batterie.

  • Le marquage CE concerne la sécurité de l'appareil vis-à-vis des risques liés à la pression. Il porte sur l'appareil sous pression, pas sur ce qu'il éteint.
  • La série de normes NF EN 3 fixe les exigences d'aptitude, de fonction et d'emploi des extincteurs portatifs, et l'appareil doit être certifié conforme. Les foyers d'essai de sa partie 7 ne comportent aucune batterie.

Et la nouvelle classe L ? La norme internationale ISO 3941, dans son édition de janvier 2026, a bien créé une classe de feux pour les batteries lithium-ion. Elle classe le feu. Elle ne désigne aucun agent extincteur, ne fixe aucun essai et ne crée aucun pictogramme.

En France, la norme NF EN 2 n'a pas bougé : les classes de feu restent A, B, C, D, F, et ce sont elles qu'indique le marquage des extincteurs. Un logo "L" sur un appareil n'engage aujourd'hui que son fabricant.

Aujourd'hui, "spécial lithium" n'est donc ni une classe de feu, ni une certification NF ou EN. C'est une mention commerciale.

Ce que change la NF EN 3-11

Cela va changer, en partie. L'AFNOR prévoit de publier la norme NF EN 3-11 le 3 novembre 2026. Elle fixe les performances, la méthode d'essai et le marquage des extincteurs "utilisables sur des feux de batteries lithium-ion".

Son champ est borné : des batteries de 600 Wh au plus. Téléphones, ordinateurs portables, outillage, drones, vélos. Les batteries de véhicule électrique, de chariot élévateur et le stockage stationnaire restent dehors.

En clair : des essais de ce type existent déjà. Certains fabricants mettent en avant un protocole néerlandais de 2021, la NTA 8133, qui n'a valeur ni de norme NF ni de norme EN. Ce qui change, c'est une méthode européenne commune et un marquage normalisé, sur des batteries de 600 Wh au plus. Un essai réussi prouvera un résultat de laboratoire, pas la maîtrise de n'importe quelle batterie de vélo : certaines dépassent 600 Wh. Pour une voiture électrique, rien ne change.

Ce que dit l'INRS

L'Institut national de recherche et de sécurité tient une foire aux questions sur l'utilisation des batteries au lithium, mise à jour le 8 septembre 2023. 3 passages suffisent à cadrer la réponse.

Sur les extincteurs spécifiques : "Des extincteurs spécifiques, notamment par leur agent d'extinction, ont été développés pour lutter contre les feux de batterie lithium-ion. Leur capacité d'extinction sur des feux de batteries en conditions réelles n'a cependant pas encore été démontrée."

Sur la première intervention : "Pour les batteries plus importantes que celles des petits équipements (téléphone, ordinateur portable...), la première intervention sur un feu de batterie lithium-ion à l'aide d'extincteurs est déconseillée compte tenu des risques encourus par les intervenants."

Sur l'eau : "L'eau est recommandée sur les batteries au lithium ionique (la majorité des batteries de véhicules électriques) mais ne doit pas être utilisée sur des batteries LMP (lithium-métal-polymère)."

Je reviens sur le deuxième passage, parce qu'il règle presque tout. Une trottinette, un vélo électrique, une voiture : tout cela dépasse les petits équipements que cite l'INRS, le téléphone ou l'ordinateur portable. Sur ces feux-là, l'INRS déconseille la première intervention à l'extincteur, sans faire d'exception pour le "spécial lithium". Et la raison qu'il donne, c'est le risque pour l'intervenant.

La FAQ date de 2023, avant la NF EN 3-11. La norme dira si un appareil maîtrise, en laboratoire, une batterie d'essai de 600 Wh au plus. Elle ne dira pas qu'un agent seul, dans les fumées, doit s'approcher d'une batterie de vélo en feu. Tant que l'INRS n'a pas révisé sa position, c'est sa consigne que je retiens.

"Jamais d'eau sur du lithium" : faux pour le lithium-ion

On l'entend souvent. La formule mélange 2 familles de batteries.

L'INRS recommande l'eau sur les batteries lithium-ion : la plupart des appareils rechargeables et, selon l'INRS, la majorité des véhicules électriques. L'interdiction vise les batteries qui contiennent du lithium métallique, comme les batteries LMP. Là, le métal réagit violemment avec l'eau en libérant de l'hydrogène, un gaz inflammable. Pour une batterie LMP en feu, l'INRS préconise de l'isoler si cela est possible et de la laisser brûler.

La norme ISO trace la même frontière. Les batteries lithium-ion sans lithium métallique forment la classe L. Celles qui en contiennent restent en classe D, celle des feux de métaux. Sur ces feux, l'eau est proscrite.

PIÈGE : la chimie d'une batterie ne se lit pas sur une batterie en feu. À 3 h du matin, devant un pack qui siffle et qui fume, personne ne sait ce qu'il contient. C'est une raison de plus de ne pas engager d'extincteur sur une grosse batterie, et de laisser l'attaque aux sapeurs-pompiers.

Ce que fait l'agent, concrètement

Concrètement, la conduite à tenir dépend de la taille de la batterie, pas de l'extincteur à portée de main.

  • Petit appareil, téléphone ou ordinateur portable : l'attaque reste possible avec un extincteur à eau pulvérisée, l'alerte donnée, sans rester dans les fumées, qui sont toxiques. Une fois le feu éteint en apparence, on ne manipule pas l'appareil : on écarte ce qui peut brûler autour, et on le surveille.
  • Trottinette, vélo, batterie de stockage, véhicule : pas d'attaque à l'extincteur. On donne l'alerte, on fait évacuer, on ferme la porte du local si on peut le faire sans y entrer, et on ne la rouvre plus. On guide les secours en leur signalant une batterie lithium.
  • Dans le doute sur la taille, on traite la batterie comme une grosse batterie.
  • Dans tous les cas, un feu de batterie peut reprendre des heures, voire des jours plus tard. Le local reste surveillé de l'extérieur, selon les consignes laissées par les sapeurs-pompiers.

Le meilleur moment reste avant le feu. En ronde, une batterie gonflée, déformée, anormalement chaude ou qui dégage une odeur inhabituelle se signale tout de suite. Une batterie qui siffle ou qui fume, c'est l'emballement qui commence ou qui va suivre : on s'éloigne et on donne l'alerte. Le programme du SSIAP 1 n'en parle pas : c'est au chef d'équipe d'apprendre ces signes à ses agents.

Alors, on en achète ou pas ?

Je le dis aux SSIAP 3 en formation : la bonne question n'est pas "quel matériel acheter ?", mais "comment éviter le départ de feu ?".

Le code du travail pose déjà le cadre. Son article R. 4227-29 impose au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée d'au moins 6 litres pour 200 m² de plancher, et au moins un appareil par niveau. Dans les locaux à risques particuliers, il exige des extincteurs "dont le nombre et le type sont appropriés aux risques". En ERP, l'article MS 38 du règlement de sécurité impose aussi une dotation en extincteurs.

Ce qu'aucun texte réglementaire ne précise aujourd'hui, c'est quel type d'extincteur est approprié à un feu de batterie. Le chef d'établissement qui achète un extincteur "spécial lithium" en octobre achète un type d'appareil dont l'INRS écrit que la capacité d'extinction "en conditions réelles" n'a pas encore été démontrée. Le voir accroché au mur rassure. Moi, non.

Si l'établissement en installe, qu'il le fasse en connaissance de cause :

  • en complément de la dotation à eau, jamais à sa place ;
  • d'ici la publication de la NF EN 3-11, en exigeant le rapport d'essai : laboratoire, protocole, capacité de la batterie en Wh, reprise du feu ou non ;
  • une fois la norme publiée, en exigeant la preuve de conformité : rapport d'un laboratoire indépendant, puis certification quand elle existera, pour une capacité en Wh qui couvre les batteries du local ;
  • sans laisser croire au personnel qu'il peut attaquer une trottinette en feu.

L'argent va plus utilement à la prévention :

  • un local de charge dédié, éloigné des circulations et des issues ;
  • des chargeurs d'origine, et pas de charge la nuit sans surveillance ;
  • une détection dans le local ;
  • une consigne affichée qui dit d'évacuer plutôt que d'attaquer.

Ce que je retiens : l'extincteur "spécial lithium" ne remplace ni la prévention, ni l'appel des secours. La NF EN 3-11 pourra lui apporter une preuve de laboratoire, jusqu'à 600 Wh. Mais dès la trottinette ou le vélo, la réponse de l'agent ne tient toujours pas dans un extincteur. Elle tient dans l'alerte.

Pour travailler le choix du moyen d'extinction, le simulateur extincteur, en accès libre, propose un feu de batterie de véhicule électrique. Son bilan le rappelle : le marquage spécifique lithium ne garantit pas la maîtrise d'une batterie de traction, et l'on privilégie le repli et la transmission aux secours.


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Sources :

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par Mickael Mingeau
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