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Batteries lithium endommagées sur sol béton en sous-sol — risque incendie sécurité privée SSIAP

Cent batteries au lithium, un sous-sol, un incendie : la leçon pour les agents SSIAP

Cent batteries au lithium assemblées maison, débranchées, et pourtant un départ de feu au sous-sol. Ce que tout agent de sécurité incendie doit savoir du risque batterie.

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par Mickael Mingeau
4 mn de lecture
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Un sous-sol de maison, au mois de septembre. Cent batteries au lithium, assemblées à la main pour stocker l'énergie de panneaux solaires, dormaient dans un rack métallique. Elles n'étaient reliées ni aux panneaux, ni au réseau électrique. Personne ne s'en servait. Et pourtant, un incendie s'est déclaré, précisément là, autour de ce rack.

Un tribunal vient d'ordonner une expertise pour en déterminer la cause exacte, qui reste à établir. Mais pour un agent de sécurité incendie, l'affaire n'a pas besoin d'attendre le rapport d'expert pour être instructive. Elle rappelle une vérité que le terrain découvre souvent trop tard : une batterie au lithium peut prendre feu à l'arrêt, sans surcharge, sans court-circuit visible, sans que rien ne soit branché.

Ce risque, encore mal connu, s'installe vite dans les ERP, les parkings et les locaux techniques. Voici ce qu'il faut en comprendre, et surtout ce qu'il faut anticiper.

Pourquoi une batterie lithium prend feu « toute seule »

Le phénomène porte un nom : l'emballement thermique (thermal runaway). Une cellule montée trop haut en température se met à se dégrader en produisant elle-même de la chaleur, ce qui accélère encore sa décomposition. La réaction s'auto-entretient : une fois lancée, elle ne s'arrête pas d'elle-même. La chaleur se propage de cellule à cellule, la batterie libère des gaz, s'enflamme ou explose.

Le déclencheur peut être un défaut interne de fabrication, un choc ancien, une surcharge, mais aussi, et c'est le point sensible ici, un assemblage artisanal. Réunir cent cellules en série sans gestion électronique fiable (le BMS), avec des connexions faites maison, multiplie les points de faiblesse. Une seule cellule défaillante peut entraîner tout le pack, parfois des semaines après le montage, batterie au repos.

On entend souvent que le lithium fer phosphate (LiFePO4), la chimie de ce type de stockage, est « plus sûr ». C'est vrai : il s'emballe moins facilement et moins violemment que d'autres chimies. Mais « plus sûr » ne veut pas dire « sans risque ». Le stock de ce sous-sol vient de le rappeler.

Un feu qui ne s'éteint pas comme les autres

C'est ce qui rend ce risque si particulier pour un service de sécurité incendie. Un feu de batterie lithium n'obéit pas aux réflexes habituels.

  • Les extincteurs classiques sont dépassés. Ni l'eau en petite quantité, ni un CO2, ni une poudre ABC n'en viennent à bout. Il faut de très grands volumes d'eau, en refroidissement prolongé voire en immersion, ou des agents spécifiques dits AVD. La poudre pour feux de métaux (classe D) n'est pas adaptée non plus.
  • Les gaz sont toxiques. La combustion dégage du fluorure d'hydrogène, du monoxyde de carbone et des hydrocarbures. L'appareil respiratoire isolant (ARI) est impératif, et en sous-sol ou local fermé, l'accumulation de gaz inflammables crée un vrai risque d'explosion.
  • Le feu peut repartir. Le réallumage différé peut survenir des heures, voire des jours, après une extinction apparente. La zone reste sous surveillance bien après l'intervention.

Depuis 2026, la norme internationale ISO 3941 a d'ailleurs créé une classe de feu dédiée, la classe L, spécifique aux batteries lithium-ion. En France, le marquage des extincteurs n'a pas encore rattrapé cette évolution : un appareil courant n'est pas réputé adapté.

Où l'agent de sécurité va croiser ce risque

L'incendie de ce sous-sol est domestique, mais le même risque monte partout où l'agent de sécurité intervient :

  • Les parkings couverts accueillant des véhicules électriques et leurs bornes de recharge, qui relèvent aujourd'hui de l'IT 246 et des guides professionnels.
  • Les locaux de charge de vélos, trottinettes et engins à batterie, souvent improvisés et mal ventilés.
  • Le stockage en commerces d'électronique, entrepôts logistiques et réserves.
  • Les systèmes de stockage stationnaire (batteries de secours, onduleurs, stockage solaire) en tertiaire et en data center.

En ronde, quelques signaux doivent alerter : une batterie gonflée ou déformée, un échauffement anormal, une odeur âcre, un sifflement, un local de charge encombré ou une multiprise surchargée. Repérer ces zones et les faire figurer dans les consignes fait désormais partie du métier.

Les bons réflexes

Face à ce risque, la prévention prime, mais la conduite à tenir en cas de départ de feu compte tout autant :

  • Cartographier les zones de charge et de stockage de batteries, et les intégrer aux rondes et aux consignes.
  • Séparer et ventiler : local dédié, éloigné des issues de secours et des matières combustibles, avec détection.
  • Ne pas charger sans surveillance ni hors des plages prévues, et écarter toute batterie endommagée.
  • En cas de feu déclaré : donner l'alerte, évacuer largement à cause des fumées toxiques, ne pas s'engager sans ARI ni moyens adaptés, et laisser un feu de batterie développé aux sapeurs-pompiers.
  • Surveiller le réallumage et tracer l'événement à la main courante.

Pourquoi il a fallu une expertise judiciaire

Un dernier point, utile pour comprendre comment se règlent ces affaires. Quand un incendie détruit des biens et que la cause est disputée, un juge peut ordonner, avant tout procès, une expertise destinée à établir la preuve des faits : c'est le sens de l'article 145 du code de procédure civile. Un expert désigné examinera le point de départ du feu, sa progression et ses causes, avec les pompiers et les rapports d'assurance.

L'affaire révèle aussi un angle mort fréquent : ces batteries étaient vendues aux seuls professionnels, avec un document de mise en garde sur les risques d'incendie signé par l'acheteur, mais elles ont fini installées et assemblées dans un logement. Entre la filière professionnelle et l'usage réel, il y a parfois un fossé, et c'est souvent là que le risque se loge. La responsabilité, elle, reste à trancher.

À retenir

  • Une batterie lithium peut s'enflammer au repos, même débranchée : un stock n'est jamais un objet inerte.
  • Ce n'est pas un feu ordinaire : classe L, gaz toxiques, ARI obligatoire, réallumage différé, extincteurs courants inadaptés.
  • Le risque entre dans les ERP par les parkings, les locaux de charge et le stockage : à repérer en ronde et à inscrire dans les consignes.
  • La chimie « plus sûre » (LiFePO4) réduit le danger sans le supprimer.

Cet article a une visée informative et de prévention ; il ne constitue pas un conseil technique ou juridique individualisé.

Source : Tribunal judiciaire de Dijon, ordonnance de référé du 24 juin 2026, n° RG 26/00027.

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