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Batterie lithium-ion endommagée et extincteur rouge en entrepôt industriel - risque incendie classe L sécurité incendie

Classe de feu L : la nouvelle classification ISO pour les batteries lithium-ion que tout SSIAP doit intégrer

L'ISO 3941 vient de créer la classe L, dédiée aux feux de batteries lithium-ion. Sept dangers spécifiques, dont un emballement thermique en cascade incontrôlable, et toujours aucune norme internationale sur les extincteurs adaptés. Décryptage d'un risque émergent en première ligne.

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par Mickael Mingeau
4 mn de lecture
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Pendant des décennies, les SSIAP ont travaillé avec cinq classes de feu : A (matériaux solides), B (liquides), C (gaz), D (métaux) et F (huiles et graisses de cuisine). En janvier 2026, l'Organisation internationale de normalisation a publié la troisième édition de la norme ISO 3941 et a ajouté une sixième classe : la classe L, dédiée aux feux de batteries lithium-ion. Pour notre profession, ce n'est pas une simple actualité réglementaire : c'est un risque opérationnel majeur que l'on rencontre désormais sur tous les sites - parkings, entrepôts logistiques, datacenters, immeubles tertiaires.

Pourquoi une classe distincte ?

La classe L n'a pas été créée par convenance terminologique. Elle est née d'un constat opérationnel sans précédent : aucune des cinq classes existantes ne couvrait correctement le comportement d'une batterie lithium-ion en feu. Et appliquer le mauvais agent extincteur peut être au mieux inefficace, au pire dangereux pour l'intervenant.

L'article 5.7 de la norme ISO 3941:2026 énumère sept dangers spécifiques de la classe L :

  1. Émission de gaz chauds et explosifs. Une batterie en surchauffe libère des vapeurs sous pression qui peuvent s'enflammer ou exploser.
  2. Toxicité de ces gaz. Cocktail de fluorure d'hydrogène, monoxyde de carbone, composés organiques volatils. Inhalation très dangereuse.
  3. Obstructions physiques. Les boîtiers métalliques de la batterie bloquent l'agent extincteur, qui ne peut atteindre les cellules en combustion.
  4. Emballement thermique en cascade. Une cellule qui s'emballe transmet sa chaleur aux cellules voisines, qui s'enflamment à leur tour. Le phénomène est autoalimenté et incontrôlable.
  5. Projection de cellules brûlantes. Des cellules incandescentes peuvent être projetées comme des projectiles, déclenchant des foyers secondaires à plusieurs mètres.
  6. Fuite d'électrolyte. Liquide corrosif pour la peau et les voies respiratoires.
  7. Énergie résiduelle. Le danger ne s'arrête pas à l'extinction. Une reprise est possible 24, 48 voire 72 heures après. Et un risque d'électrocution subsiste tant que la batterie n'est pas neutralisée.

Distinction lithium-ion et lithium métal

Attention à la confusion. La classe L vise uniquement les batteries lithium-ion rechargeables (smartphones, ordinateurs portables, vélos électriques, voitures électriques, chariots élévateurs, batteries stationnaires). Les piles boutons et autres batteries au lithium métal pur, non rechargeables, restent en classe D (métaux).

La distinction est essentielle car les agents extincteurs adaptés diffèrent : pour la classe D, on utilise des poudres spéciales métalliques (D-X). Pour la classe L, ces poudres ne fonctionnent pas - l'eau ou des additifs spécifiques sont privilégiés.

Le vide normatif sur les extincteurs

C'est la principale difficulté actuelle de notre profession : l'ISO n'a pas (encore) publié de norme sur les performances exigées d'un extincteur classe L. Et l'ISO 7010, qui normalise les pictogrammes de sécurité, ne propose pas non plus de symbole standardisé pour la classe L.

Quelques pays anticipent ce vide. Les Pays-Bas ont publié en novembre 2021 la NTA 8133:2021 (Nederlandse Technische Afspraak), un protocole de test qui simule l'emballement d'une cellule centrale dans un assemblage de six cellules pouch de 100 Wh chacune. Le délai d'amorçage observé est de 7 à 9 minutes après surcharge. La capacité maximale couverte par ce protocole est de 600 Wh - équivalent à un VTT électrique.

En France, un fabricant a développé un extincteur certifié à la fois NTA 8133:2021 et NF EN 3-7+A1:2008 : le LITH'OR d'Andrieu, 9 litres avec un additif sans fluor (anticipant la future réglementation sur les substances per- et polyfluoroalkylées).

Que faire en cas de feu de classe L ?

Pour un SSIAP qui découvre un foyer suspect

  • Ne pas s'approcher. Les vapeurs sont toxiques. Le périmètre de sécurité doit être large.
  • Identifier l'appareil. Smartphone en charge, vélo électrique, batterie de chariot élévateur, baie de stockage stationnaire ? L'identification conditionne l'estimation de l'énergie en jeu.
  • Couper l'alimentation électrique du local. Éviter d'aggraver la situation par un court-circuit secondaire.
  • Alerter les pompiers immédiatement. Le CODIS doit savoir qu'il s'agit potentiellement d'un feu de classe L : équipement respiratoire isolant indispensable, surveillance prolongée nécessaire, moyens hydrauliques importants (15 à 40 m³ d'eau pour un véhicule électrique).
  • Évacuer la zone. Pas seulement la pièce, mais aussi les locaux mitoyens et au-dessus si la fumée se propage.

Pour un chef de service SSIAP 3 qui inventorie son site

Cinq questions à se poser :

  1. Combien de batteries lithium-ion sont présentes simultanément sur le site ? (chariots, smartphones, ordinateurs, baies de stockage)
  2. Y a-t-il un local dédié à la recharge des chariots élévateurs, conformément à l'arrêté du 27/03/2014 pour les entrepôts ?
  3. Les zones de recharge sont-elles équipées d'extincteurs adaptés à la classe L (LITH'OR ou équivalent) ?
  4. Les agents ont-ils été sensibilisés aux signes avant-coureurs (fumée blanche caractéristique, odeur particulière, gonflement, chaleur anormale) ?
  5. Le plan d'évacuation et d'intervention prévoit-il un scénario "emballement de batterie" ?

Les signes avant-coureurs à connaître

Une batterie en début d'emballement présente plusieurs signaux :

  • Fumée blanche caractéristique, dense, qui peut sembler peu agressive mais est en fait toxique ;
  • Odeur particulière, parfois sucrée ou métallique ;
  • Gonflement du boîtier, déformation visible ;
  • Chaleur anormale détectable à proximité (même sans contact direct) ;
  • Bruits : sifflements, craquements.

À ce stade, l'extinction est encore possible. Une fois l'emballement enclenché et plusieurs cellules en feu, l'extinction devient extrêmement difficile - et la priorité absolue est l'évacuation.

Et la formation SSIAP ?

Les référentiels SSIAP 1, 2 et 3 ne mentionnent pas encore la classe L. Les organismes de formation devraient intégrer ce sujet rapidement, idéalement avant la fin 2026, pour que les nouveaux titulaires de diplôme connaissent ce risque dès leur prise de poste. En attendant, les SSIAP en exercice peuvent se former individuellement via :

  • la lecture du chapitre 5.7 de l'ISO 3941:2026 ;
  • les fiches techniques des fabricants d'extincteurs L (LITH'OR, Bonpet, F-500) ;
  • les retours d'expérience des sapeurs-pompiers sur les interventions véhicule électrique.

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