Feux de métaux
Classe de feu des métaux combustibles : magnésium, aluminium en copeaux, sodium, potassium, titane, zirconium. L'agent prescrit est une poudre spéciale adaptée au métal, déposée en douceur. L'eau et le dioxyde de carbone sont proscrits : le métal les décompose et la réaction s'emballe.
Définition
Le feu de métaux, dit aussi feu de classe D, met en jeu un métal combustible qui brûle pour lui-même : magnésium, aluminium en copeaux ou en tournures, sodium, potassium, titane, zirconium. Un profilé massif s'enflamme difficilement : c'est la matière divisée, copeaux, limaille, poussière, qui porte le risque.
Le métal brûle à très haute température et reste si avide d'oxygène qu'il le prend à des corps qui servent ailleurs d'agents d'extinction. Cette classe est donc traitée à part dans la classification des classes de feu.
La classe D est celle des métaux combustibles, telle qu'elle figure au marquage des extincteurs en France. L'ISO 3941:2026 a créé au niveau international une classe L, celle des feux électrochimiques de batteries lithium-ion : le mécanisme n'est pas le même, et cette classe n'est pas reprise dans le marquage français des extincteurs, qui reste A, B, C, D, F.
L'agent prescrit : une poudre spéciale, déposée en douceur
L'agent prescrit est une poudre spéciale adaptée au métal considéré. Ces poudres ne sont pas interchangeables : celle qui convient au sodium n'est pas celle qui convient au magnésium ou au titane.
La façon de l'appliquer compte autant que le produit : la poudre se dépose en douceur, à faible pression, jusqu'à recouvrir le foyer d'une croûte continue qui l'isole de l'air. Un jet violent projette le métal incandescent et étend le sinistre. Ce moyen ne se confond pas avec l'extincteur à poudre ABC ou BC des dotations courantes.
Ce mécanisme suppose que le métal prend son oxygène à l'air. Il ne vaut pas pour un produit pyrotechnique, qui porte son propre oxydant : sur un engin pyrotechnique en fonctionnement, aucun agent n'a d'effet, la conduite consiste à protéger les abords et à laisser la composition se consumer. Voir artifice de divertissement pour le régime ERP de ces produits.
Cadre réglementaire
L'agent prescrit se présente soit en extincteur spécial classe D, soit en réserve de poudre déposée à la pelle. Quand c'est un extincteur, MS 38 s'applique à ses caractéristiques et à sa maintenance, mais NF EN 3 ne définit aucun foyer type pour la classe D : le marquage reste un marquage classe D, sans cotation chiffrée. Ce moyen répond à un risque particulier ; il s'ajoute à la dotation générale implantée au titre de MS 39, il ne s'y substitue pas.
Confusion fréquente : les moyens à écarter
L'eau portée sur un métal en feu se décompose au contact et libère de l'hydrogène. Ce n'est pas une simple inefficacité : l'hydrogène forme avec l'air un mélange explosif. Le risque est l'explosion et la projection de métal en fusion. Le dioxyde de carbone relève du même registre, le métal décomposant le gaz à son tour. Le tableau suit l'ordre de gravité : les 2 premiers moyens aggravent le foyer, les 2 suivants restent sans effet utile.
| Moyen | Effet sur un métal en feu |
|---|---|
| Eau, robinet d'incendie armé (NF EN 671) | Dégagement d'hydrogène : explosion et projections. Proscrit. |
| Dioxyde de carbone | Agent incompatible avec le métal en feu : le métal décompose le gaz et la réaction s'emballe. Réaction violente, repli imposé. Proscrit. |
| Poudre ABC ou BC | Formulée pour d'autres classes, elle ne tient pas la température. Sans effet utile. |
| Couverture anti-feu (NF EN 1869) | Prévue pour d'autres emplois, pas pour un feu de métal. Sans effet utile. |
| Poudre spéciale du métal | Agent prescrit, déposé en douceur, recouvrement complet. |
Le sable : un moyen de fortune reconnu
MS 4 range les réserves de sable parmi les "moyens divers (réserves de sable, couverture, etc.)". Le sable sec, déposé à la pelle sur le foyer, contient le feu et limite son extension, mais n'assure pas l'extinction : le métal continue de réagir sous la couche. Moyen de fortune reconnu, jamais l'agent prescrit, il ne dispense d'aucune dotation adaptée.
2 conditions gouvernent son emploi. Le sable doit être sec : humide, il apporte de l'eau sur un métal en feu. Il doit être déposé, jamais projeté : lancé à la volée, il disperse les particules incandescentes au lieu de les étouffer. Le danger tient au mode d'emploi, pas au produit. Le règlement impose d'ailleurs du sable pour d'autres motifs : EL 7 § 4 a) exige "un dépôt d'au moins 100 litres de sable et une pelle" pour les groupes électrogènes, CH 12-1 § 3-1 g) porte la même exigence pour la cogénération.
À retenir en pratique
- Reconnaître le foyer : copeaux, limaille ou poudre métallique, flamme très blanche et éblouissante avec le magnésium, gerbes d'étincelles.
- Alerter, faire évacuer, tenir un périmètre large : rayonnement et projections portent loin.
- Annoncer d'emblée la nature métallique du foyer, au chef d'équipe puis aux sapeurs-pompiers : cette information conditionne le choix de l'agent.
- N'engager le moyen prescrit que si vous êtes formé à ce produit et à ce métal : poudre spéciale du métal en cause, déposée en douceur jusqu'au recouvrement complet, sans souffler dans le foyer.
- À défaut, sable sec à la pelle, déposé pour contenir, en rendant compte que le foyer est contenu, non éteint.
- Interdire tout apport d'eau ou de dioxyde de carbone sur le foyer et à ses abords, tuyau déjà déroulé compris, et signaler aux secours l'eau présente à proximité.
- Au doute, en l'absence du produit prescrit ou si le foyer dépasse : ne rien engager, se replier en conservant l'issue et passer la main aux secours spécialisés.
- Surveiller le point chaud, une reprise restant possible sous la couche, jusqu'à la levée du dispositif par les secours.