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Batteries lithium : ce que la formation SSIAP ne couvre pas

Un sapeur-pompier de la Marne a suivi fin août un stage "référent feux de batteries lithium" dans un organisme privé, aux côtés d'agents SSIAP. Que dit le programme SSIAP de ce risque ? Et que faire, au PC, de ce qu'il ne dit pas ?

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par Mickael Mingeau
4 mn de lecture
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Batteries lithium : ce que la formation SSIAP ne couvre pas - sécurité incendie SSIAP

Fin août, un sapeur-pompier de la Marne a suivi un stage aux côtés d'agents SSIAP. Même stage, même sujet : les feux de batteries lithium. Lui connaît le feu par métier. Eux sont souvent les premiers sur place quand une batterie s'emballe dans un local de charge.

Alors, une question simple. Ce risque, votre formation SSIAP vous l'a-t-elle appris ?

Un stage, 9 stagiaires, 3 horizons

Le 29 septembre, le SDIS de la Marne (SDIS 51) a raconté l'histoire sur son compte X. FMS Incendie, un organisme de formation installé à Laigneville, dans l'Oise, a proposé une place à titre gracieux à l'un de ses agents. Le stage "référent feux de batteries lithium" s'est tenu les 26 et 27 août 2026.

9 stagiaires y ont participé, venus "de différents horizons : SSIAP, organisme de formation, sapeurs-pompiers". Le SDIS cite 3 objectifs :

  • "Comprendre les principes de base (composition, fonctionnement, technologies, ...) des batteries lithium" ;
  • "Identifier et analyser les mécanismes d'emballement et les risques associés aux batteries lithium" ;
  • "Mettre en œuvre des mesures et des moyens de prévention et/ou d'intervention en cas d'incendie d'une ou plusieurs batteries lithium".

La méthode mêle "observation, théorie et mise en œuvre de matériels à travers de mises en situation". Le SDIS juge la formation "complète pour tous corps de métier liés à la sécurité incendie et complémentaire pour les sapeurs-pompiers".

Je retiens surtout la composition du groupe. Le pompier qui arrive et l'agent qui l'accueille ont appris à lire le même feu, au même endroit. C'est une bonne nouvelle.

67 heures de programme, pas une ligne sur le lithium

J'ai relu les référentiels. La formation SSIAP 1 représente au minimum 67 heures, selon l'article 4 de l'arrêté du 2 mai 2005. Le programme détaillé figure à son annexe II, dans une version en vigueur depuis le 10 juillet 2024.

Le mot "lithium" n'y figure pas. Ni au SSIAP 2, ni au SSIAP 3, ni au recyclage, ni dans les modules complémentaires.

Les batteries apparaissent une seule fois, au SSIAP 1, dans la séquence sur les installations électriques. Elles y sont une source électrique de sécurité, à côté des groupes électrogènes. Pas un départ de feu.

Le reste du programme traite du feu en général : "triangle, classes de feux, les causes", puis des "exercices d'extinction sur feux réels de diverses classes" à l'extincteur et au RIA. C'est la base. Elle ne dit rien d'une cellule qui s'emballe.

Rien n'empêche un formateur d'en parler en face à face. Mais ce qui n'est pas au référentiel n'est pas à l'examen. Et rien ne garantit qu'un agent en ait entendu parler le jour de sa première vacation.

On peut trouver ça normal pour un texte de 2005. Moi, non : la version actuelle de l'annexe II date de juillet 2024.

Un feu qui ne ressemble pas à celui du programme

Pourquoi ce vide pèse ? Parce qu'une batterie lithium ne brûle pas comme le feu des exercices. Une cellule qui s'emballe produit sa propre chaleur et entraîne ses voisines : c'est l'emballement thermique. Les fumées sont toxiques. Et une batterie éteinte en apparence peut repartir plus tard.

Côté classification, la norme ISO 3941 de 2026 a créé une classe L pour ces feux. En France, le marquage des extincteurs reste fondé sur la norme NF EN 2, qui ne l'a pas encore transposée. Je détaille ce point dans l'article sur la classe de feu L.

En clair : l'agent qui n'a vu que le programme arrive devant ce feu avec des réflexes pensés pour d'autres feux.

"Référent" : une fonction, pas un niveau

Le titre du stage peut tromper. "Référent feux de batteries lithium" n'est ni un diplôme SSIAP, ni un niveau, ni une qualification que l'arrêté de 2005 connaît. Dans le recueil réglementaire de ssiap.pro, une recherche sur "lithium" ne renvoie aucun article.

Dans les faits, faute de texte, un référent est une personne que son employeur désigne pour tenir ce rôle, après une formation qu'il a choisie. L'attestation de stage prouve que la formation a été suivie. Elle ne remplace pas le SSIAP 1 et ne vaut pas équivalence.

Ce n'est pas une subtilité. C'est la base, au moment de lire une offre d'emploi ou un CV.

Faut-il pour autant s'en passer ? Non. Le SDIS 51 ne présente d'ailleurs pas ce stage comme un substitut : il le dit "complémentaire" pour ses sapeurs-pompiers. Pour un agent SSIAP, la logique est la même. Un complément, pas un niveau de plus.

Ce que ça change au PC, à 3 h du matin

Concrètement, que vous ayez suivi ce type de stage ou non, 3 réflexes ne demandent aucun diplôme de plus :

  • savoir où se trouvent les batteries du site : locaux de charge, stockage, parkings, salles informatiques ;
  • alerter les secours tôt, selon les consignes, sans attendre de voir si l'extincteur a suffi ;
  • dire aux sapeurs-pompiers, dès leur arrivée, ce qui brûle, où, et en quelle quantité.

Je rappelle que les consignes de l'établissement doivent déjà prévoir "l'accueil et le guidage des sapeurs-pompiers" (article MS 47). Sur un feu de batterie, cet accueil vaut ce que vaut l'information donnée. "Ça fume au sous-sol" ne suffit pas.

Le détail du risque en stockage est dans l'article sur les 100 batteries du sous-sol. Ce qu'on peut attendre d'une extinction automatique à gaz est dans celui sur les limites du gaz face au lithium.

Vous feriez quoi, vous, seul au PC, devant une trottinette qui fume dans un local de charge ? Posez-vous la question avant la ronde. Pas pendant.

Ce que je retiens

Le programme SSIAP forme au feu. Il ne forme pas encore à celui-là. Tant qu'aucun texte ne l'y intègre, la mise à niveau passe par des stages comme celui de la Marne, et par la curiosité de chaque agent.

Je constate aussi une chose dans le récit du SDIS 51 : sur ce risque, pompiers et agents SSIAP se sont formés côte à côte. Pour le jour où ils se retrouveront devant le même feu, c'est un bon début.

À lire aussi

Source : fil publié par le SDIS 51 (@SDIS51) sur X le 29 septembre 2026.

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