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Toiture photovoltaïque : trois gestes qu'on ne vous apprend pas

Une visite de maintenance, une caméra thermique, et des centaines de modules qui chauffent au-dessus d'un hypermarché en activité. Le poste de sécurité n'avait rien vu, et ne pouvait rien voir. Trois gestes séparent l'agent qui gère d'un agent qui aggrave. Aucun des trois n'est dans le référentiel.

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par Mickael Mingeau
6 mn de lecture
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Panneaux photovoltaïques sur toiture d'hypermarché - sécurité incendie SSIAP

Une visite annuelle de maintenance, une caméra thermique, et le technicien qui redescend avec un rapport embarrassant : des points chauds relevés sur 379 modules, au-dessus d'un hypermarché ouvert au public. L'installation avait été réceptionnée cinq ans plus tôt. Entre les deux, rien. Aucune alarme, aucun report, aucune ligne de main courante.

Ce n'est pas une négligence du service de sécurité. C'est structurel : votre SSI ne surveille pas la toiture. Il n'y a rien à surveiller, au sens où il n'y a rien de branché sur lui.

Alors la question devient très concrète. Un jour, quelqu'un signale de la fumée là-haut. Vous êtes au poste. Vous faites quoi ?

Je vais être direct : la plupart des agents que je forme donnent la même première réponse, et elle est fausse.

Ce que votre coupure générale ne coupe pas

La réponse spontanée, c'est "je coupe". C'est le réflexe, et il est bon. Le problème, c'est ce qu'on croit avoir coupé.

Un panneau photovoltaïque n'est pas un appareil branché sur le réseau. C'est un producteur. Tant qu'il reçoit de la lumière, il fabrique du courant, et il continue de le fabriquer après votre coupure générale. Vous avez isolé le bâtiment du réseau. Vous n'avez rien fait à la partie qui produit.

Il existe une plaque qui résume tout cela mieux que n'importe quel cours. Elle dit : "Présence de deux sources de tension : réseau de distribution, panneaux photovoltaïques". Et juste à côté : "Isoler les deux sources avant toute intervention". Deux sources. Deux coupures.

Si vous ne deviez retenir qu'une phrase de cet article, retenez celle-là.

Résultat : entre les modules et l'onduleur, les câbles restent sous plusieurs centaines de volts en courant continu. En pleine journée, évidemment. Mais aussi la nuit, sous l'éclairage des engins de secours, et sous la lumière du feu lui-même.

Et le courant continu ne se comporte pas comme le courant alternatif. En alternatif, la tension repasse par zéro cent fois par seconde, ce qui aide un arc à s'éteindre tout seul. En continu, non. L'arc s'accroche et se maintient.

C'est tout le sens du dispositif prévu par l'instruction technique de référence. Une coupure du circuit continu pilotée à distance, au plus près des modules, regroupée avec les autres commandes. Et un report d'information qui témoigne de la mise hors tension effective.

Attention à la logique de ce report : c'est un voyant blanc, et c'est son extinction qui signifie que les câbles continus sont hors tension. Voyant allumé, ça produit encore.

Maintenant, la nuance que presque personne ne connaît, et qui change tout pour vous.

Cette coupure du circuit continu n'est pas toujours là. L'instruction technique accepte son absence, à condition que l'installation relève de l'une de cinq configurations. Câbles continus cheminant en extérieur. Onduleurs placés dehors, au plus près des modules. Câbles protégés dans des cheminements techniques coupe-feu. Câbles confinés au seul volume des onduleurs. Ou tension de chaîne inférieure à 60 V en circuit ouvert.

Cinq régimes différents. Cinq conduites différentes.

Comment savoir lequel s'applique chez vous ? La signalétique le dit, et elle ne dit que ça. "Câble d.c. PV sous tension à l'extérieur du bâtiment", "uniquement dans le local onduleur", "sous tension inférieure à 60 V"... Chacune de ces plaques annonce aux secours sur quoi repose la sécurité du bâtiment.

PIEGE : "coupure générale effectuée" en main courante, sur un bâtiment équipé, ne veut rien dire si vous n'avez pas vérifié le report du circuit continu. Vous tracez une action que vous n'avez pas menée. Et sur un site sans coupure continue, cette ligne est carrément fausse.

Le geste, donc, ne consiste pas à couper. Il consiste à savoir, avant l'incident, quel régime s'applique chez vous, où sont les organes, et ce qu'affiche le report quand tout va bien. Cela se fait en prise de service, pas à 3 h du matin devant un tableau.

Le réflexe qui vous met en danger

Deuxième geste, et c'est un geste d'abstention.

On ne monte pas. On n'attaque pas depuis la toiture. On ne noie pas un champ de modules parce qu'on voit de la fumée en sortir.

Je constate que ce point passe mal, parce qu'il heurte tout ce qu'on apprend par ailleurs : aller au plus près, attaquer la base des flammes. Ici, la base des flammes est posée sur une nappe de conducteurs sous tension que personne ne peut mettre hors service depuis l'endroit où vous vous tenez. Ajoutez une toiture dont la tenue mécanique est déjà sollicitée par l'incendie et par le poids de l'installation, et vous avez un endroit où un agent n'a rien à faire.

Cette formulation manque au référentiel. Disons-le. On forme des agents à l'extinction sur des feux qu'ils peuvent atteindre, et on les laisse improviser sur celui-là.

Ce qui reste possible depuis le sol, c'est beaucoup. Evacuer, tenir les accès, empêcher le public de stationner sous la zone. Et traiter ce qui brûle en dessous, si c'est atteignable en sécurité.

Sur un cas récent de feu sous des panneaux, en périphérie d'un centre commercial, c'est exactement ce qui a fonctionné. Le sinistre a été tenu avant l'arrivée des secours. J'ai analysé cette intervention geste par geste dans un autre article, le lien est en bas de page.

Ce que les secours ne verront pas en arrivant

Troisième geste : parler.

Un chef d'agrès qui se présente devant un bâtiment ne sait pas qu'il y a une centrale sur le toit. Il ne la voit pas depuis la rue. Il découvre le risque au moment où il engage, ou pire, il ne le découvre pas.

Vous, vous le savez. Et vous savez où sont les choses. C'est votre valeur ajoutée dans les trois premières minutes.

Concrètement, ce que vous annoncez : présence d'une installation photovoltaïque, sa localisation exacte, l'emplacement des organes de coupure, l'état du report, et l'accès en toiture.

L'instruction technique prévoit d'ailleurs tout un dispositif pour ça, qui ne sert qu'à ce moment précis. Un plan schématique près de l'organe de coupure de production, le marquage des onduleurs, la signalétique sur les organes de coupure. Et un pictogramme de risque photovoltaïque à l'accès des secours, sur le plan du bâtiment, aux accès des locaux techniques, et tous les 5 mètres le long des câbles continus.

Le dossier technique, lui, est conservé dans le local onduleur. A défaut, dans le local électrique principal. C'est écrit noir sur blanc, et je constate que très peu de services savent le dire.

Un dernier point, et celui-là vous concerne directement : l'instruction impose que la nature et les emplacements de l'installation figurent sur les consignes de protection contre l'incendie. Vos consignes. Allez les relire.

Question simple pour votre prochaine prise de service : sur votre site, ce plan schématique, vous sauriez le sortir en combien de temps ?

Pourquoi personne ne vous a appris tout ça

Parce que ce n'est écrit nulle part dans le règlement de sécurité.

Ce n'est pas une figure de style. Le chapitre consacré aux installations électriques dans le règlement des ERP ne dit pas un mot du photovoltaïque, ni de la production en courant continu. Le texte de référence sur lequel s'appuient les commissions de sécurité existe, mais il n'a jamais été rendu obligatoire.

Voilà qui est rassurant.

Ce que je retiens de cette situation, c'est qu'elle laisse chaque exploitant se débrouiller avec sa propre doctrine. C'est un sujet à lui seul, et j'y consacre un second article.

A retenir

  • Deux sources de tension, donc deux coupures. La coupure générale n'arrête pas la production : les câbles continus restent sous tension tant qu'il y a de la lumière, y compris celle du feu.
  • Un arc en courant continu ne s'éteint pas spontanément. C'est ce qui rend cette partie de l'installation différente de tout le reste du bâtiment.
  • La coupure du circuit continu n'est pas obligatoire partout : cinq configurations peuvent en dispenser. C'est la signalétique qui indique laquelle s'applique, et donc sur quoi repose la sécurité du bâtiment.
  • Sur le report, c'est le voyant éteint qui vaut mise hors tension. Allumé, ça produit.
  • On n'intervient pas depuis la toiture. Le rôle de l'agent est au sol : évacuation, accès, protection de la zone en dessous.
  • Le dossier technique est dans le local onduleur, à défaut dans le local électrique principal. L'installation doit figurer sur les consignes de sécurité.
  • Ces trois gestes ne s'apprennent dans aucun référentiel SSIAP. Ils s'organisent en interne, ou ils n'existent pas.

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