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Extincteur en voiture : Bruxelles renvoie la balle à Paris

Le 18 septembre, la Commission a répondu à un eurodéputé qui voulait un extincteur dans les véhicules de société : c'est une affaire nationale. Or Paris avait déjà répondu 17 jours plus tôt. Entre les deux réponses, une objection de formateur que les textes laissent en suspens.

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par Mickael Mingeau
6 mn de lecture
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Extincteur en voiture : Bruxelles renvoie la balle à Paris - sécurité incendie SSIAP

Dimanche 2 août, vers 16 h, une voiture prend feu sur l'A61, entre Narbonne et Carcassonne. Les flammes gagnent le talus, puis la végétation. Près de 100 hectares parcourus, une centaine d'habitants évacués, l'autoroute coupée jusqu'au lendemain, selon France 3 Occitanie.

Un extincteur de 2 kg dans le coffre aurait-il changé quelque chose ?

Un eurodéputé, ancien directeur du SDIS 13, a posé la question à la Commission européenne. La réponse est tombée le 18 septembre. Elle ne dit ni oui ni non. Elle dit : pas nous.

Bruxelles : "ce n'est pas notre affaire"

Grégory Allione a déposé sa question écrite le 3 août, au lendemain de l'A61 et d'un autre feu en Gironde. Il demandait deux choses. Une obligation d'extincteur, au moins dans les véhicules de société. Et une place pour le sujet dans les textes européens sur la sécurité routière et l'homologation.

La réponse, signée du commissaire Apostolos Tzitzikostas, tient en 4 points :

  • aucune règle européenne n'impose d'équipement de sécurité à bord, ni extincteur, ni triangle, ni trousse de secours. Chaque État fixe ses propres règles de circulation ;
  • l'extincteur est déjà obligatoire dans au moins 10 États membres ;
  • viser les seules voitures de société relève du niveau national, au nom de la subsidiarité et de la proportionnalité ;
  • au contrôle technique, la directive 2014/45 prévoit un contrôle visuel des extincteurs (point 7.2 de son annexe I), mais il n'est pas obligatoire. La révision en cours de la directive n'y touche pas.

Résultat : la balle revient à Paris.

Paris avait déjà répondu, et regarde les voisins

Le 1er septembre, 17 jours avant Bruxelles, le Gouvernement a publié sa réponse à une question écrite de la députée Sophie Blanc, qui demandait l'extincteur obligatoire dans les véhicules neufs.

Le ton est prudent. La mesure y est jugée "intéressante", capable "d'attaquer un feu naissant précocement", y compris sur la végétation en bord de route. Puis viennent les réserves. Des conducteurs non formés. Un extincteur mal fixé qui devient projectile au moindre choc. Une durée de vie limitée, un stockage difficile en voiture, des contrôles périodiques. Et 39,7 millions de voitures particulières à équiper.

Conclusion : le Gouvernement "examine les retours d'expérience" des pays où l'obligation existe. En clair, Bruxelles renvoie à Paris, et Paris observe les voisins.

Les initiatives ne manquent pas pour autant. Une proposition de résolution à l'Assemblée en juillet 2025, une proposition de loi au Sénat en septembre 2025, qui retenait un extincteur à poudre ABC de 1 kg. Aucune n'a changé le droit.

Ce que dit le droit aujourd'hui, justement. Pour la voiture particulière, le code de la route (article R. 416-19) exige un triangle et un gilet. Pas d'extincteur. Les obligations existent, mais par type de véhicule :

  • poids lourds : l'arrêté du 2 mars 1995 impose un extincteur à poudre ABC d'au moins 2 kg dans la cabine des porteurs N2 jusqu'à 7,5 t et des tracteurs de semi-remorque. Au-delà de 7,5 t, c'est au moins 6 kg, placé à l'extérieur ;
  • ambulances : un extincteur à poudre figure dans l'équipement réglementaire (arrêté du 12 décembre 2017) ;
  • petits trains touristiques fermés : 2 kg à poudre ABC "à proximité immédiate du conducteur" (arrêté du 22 janvier 2015).

L'arrêté de 1995 fixe même une performance minimale. Le 2 kg de cabine doit éteindre au moins un foyer type 8 A et un foyer 34 B, par référence à la norme NF EN 3. Un candidat SSIAP reconnaît le vocabulaire.

PIÈGE : la réponse ministérielle parle d'une obligation "déjà" en place dans les véhicules "à usage professionnel". C'est vrai pour le camion. Mais l'arrêté de 1995 ne vise que les catégories N2 et N3. La fourgonnette de moins de 3,5 t, véhicule de société type de l'artisan ou du technicien, n'y entre pas.

La vraie objection est celle du formateur

Relisez la première réserve du ministère. Les conducteurs "n'ont pas de formation spécifique à la manipulation d'extincteur face à un incendie, contrairement aux chauffeurs professionnels".

Le chauffeur routier, lui, est interrogé dessus à l'examen. Parmi les questions officielles du permis poids lourd : "Au-delà de quel PTAC un extincteur à poudre de 6 kg minimum, placé à l'extérieur, doit-il équiper un camion neuf ?"

C'est la seule objection de fond. Et c'est la bonne.

Je constate en face à face la même scène : au premier essai, on vise les flammes au lieu de leur base, et l'appareil se vide en quelques secondes. Un extincteur que personne n'a jamais percuté, c'est un objet. Pas un moyen de secours.

On peut trouver suffisant de poser 2 kg de poudre dans chaque coffre. Moi, non. L'équipement sans le geste donne surtout l'illusion d'être protégé.

Pour travailler le choix de l'agent extincteur selon le feu, le simulateur extincteur de ssiap.pro est en accès libre, sans compte.

Au bord de la route, l'ordre des gestes

Fumée sous le capot, autoroute, talus sec. Vous feriez quoi, vous ?

Le ministère pointe lui-même le risque : des conducteurs "tentés de débuter une extinction avant de mettre leur chasuble haute visibilité et faire le balisage d'urgence". L'ordre compte plus que l'appareil. Concrètement :

  1. S'arrêter sur la bande d'arrêt d'urgence, couper le contact, allumer les feux de détresse.
  2. Faire sortir tout le monde côté glissière, sans rien récupérer dans le véhicule.
  3. Enfiler le gilet, puis mettre les occupants à l'abri derrière la glissière, loin du véhicule.
  4. Alerter : 112 ou 18.
  5. Seulement alors, et seulement sur un feu naissant, attaquer.

Si l'on attaque, 4 règles. Ne pas ouvrir le capot en grand : l'apport d'air relance le feu. Diriger le jet par l'entrebâillement ou la calandre. Se tenir de côté, jamais dans l'axe des pare-chocs ni du hayon, dont les vérins peuvent être projetés. Viser la base des flammes.

Les flammes gagnent l'habitacle ? On recule. C'est tout.

Sur le terrain, le talus compte autant que la voiture. La réponse ministérielle vise d'ailleurs le départ de feu "à proximité", sur la végétation. Un feu d'herbe naissant est un feu de classe A : c'est peut-être là que 2 kg de poudre servent le plus.

Pour l'agent SSIAP, le réflexe reste le même dans le parc de stationnement d'un ERP : alerte, mise à distance du public, puis attaque d'un feu naissant. Un cas réel est décrypté dans Laverie en feu maîtrisée par un SSIAP. Le statut du parking l'est dans Parking loué : un ERP soumis aux normes incendie ?

Voiture électrique : 2 kg de poudre contre une batterie

Attention, c'est exactement là que ça dérape. Un extincteur portatif peut traiter un départ de feu dans l'habitacle, sur un pneu, sur un faisceau électrique. Il n'arrête pas une batterie de traction en emballement thermique.

La réaction se poursuit à l'intérieur des cellules, hors de portée de l'agent extincteur. L'extincteur de bord y peut-il quelque chose ? Non.

Côté normes, la classe L existe désormais au niveau international, avec l'ISO 3941:2026. En France, le marquage des extincteurs reste fondé sur NF EN 2 : classes A, B, C, D et F. La classe L n'y est pas transposée, et aucune norme ne mesure encore la performance d'un extincteur sur ce type de feu. Le détail est dans notre article sur la classe de feu L.

Devant une voiture électrique qui fume, on s'éloigne, on alerte, et on précise aux secours que le véhicule est électrique.

Véhicule de société : l'employeur n'attend pas Bruxelles

L'eurodéputé visait d'abord les véhicules de société. Le Code du travail oblige l'employeur à prendre les mesures pour que "tout commencement d'incendie puisse être rapidement et efficacement combattu" (article R. 4227-28).

Mais cette règle vise les lieux de travail, que le code situe "dans l'aire de l'établissement" (article R. 4221-1). Une fourgonnette sur la rocade n'y entre pas.

Reste l'évaluation des risques. L'article L. 4121-3 impose à l'employeur d'évaluer les risques et d'en tirer des actions de prévention. Rien ne l'empêche donc d'équiper ses véhicules dès demain.

Je rappelle une évidence de formateur : équiper sans former, c'est reproduire à l'échelle de l'entreprise l'objection du ministère. Sur un site, la consigne incendie prévoit des exercices où les salariés apprennent "à se servir des moyens de premier secours", au moins tous les 6 mois (article R. 4227-39). Le conducteur d'un véhicule de société mérite le même entraînement.

Ce que je retiens

L'Europe ne tranchera pas. La France examine. Entre les deux, l'extincteur de bord reste un choix, celui du conducteur ou celui de son employeur.

Si vous retenez une seule chose de cet article, retenez celle-là : l'extincteur ne vaut que par la main qui le tient. Si l'obligation arrive un jour, la formation devra arriver avec elle. Sinon, on aura équipé 39,7 millions de voitures d'un objet.


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