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Exutoire de désenfumage : un défaut signalé, deux morts, et une responsabilité qui remonte jusqu'au mainteneur

Un incendie en maison de retraite, un exutoire de désenfumage resté fermé alors que le défaut était signalé depuis des années. La justice a condamné l'exploitant, mais aussi la société de maintenance et l'organisme de contrôle. Ce que tout agent SSIAP doit en retenir.

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par Mickael Mingeau
4 mn de lecture
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Exutoire de désenfumage : un défaut signalé, deux morts, et une responsabilité qui remonte jusqu'au mainteneur - sécurité incendie SSIAP

Un exutoire de désenfumage, c'est une ouverture qui doit se déclencher au tout début d'un incendie pour évacuer les fumées et garder les circulations praticables. Le jour où il reste fermé, la fumée prend l'escalier, envahit les couloirs, et ce ne sont pas les flammes qui tuent : c'est le monoxyde de carbone. C'est exactement ce qui s'est produit une nuit de septembre, dans une maison de retraite. Deux résidentes ne se sont pas réveillées. Et la justice n'a pas retenu la seule responsabilité de l'exploitant.

Cette nuit-là

Il est environ 21 heures. Un feu se déclare dans un établissement qui héberge des personnes âgées. L'alarme retentit, mais les fumées se propagent vite dans les étages. À l'étage supérieur, la trappe de désenfumage qui devait s'ouvrir pour les évacuer ne s'ouvre pas.

Bilan : deux résidentes, âgées de 84 et 94 ans, décèdent d'une asphyxie par intoxication oxycarbonée, autrement dit empoisonnées par le monoxyde de carbone contenu dans les fumées. Quatre autres personnes sont blessées. L'expertise sera formelle : la non-ouverture de cette trappe a joué un rôle majeur dans la progression des fumées. Un équipement de sécurité qui remplit son office, et le sinistre reste sans doute circonscrit. Défaillant, il transforme un départ de feu en drame.

Un défaut connu, jamais corrigé

C'est là que l'affaire bascule du fait divers à la faute. Le mauvais fonctionnement de ce désenfumage n'était pas une surprise. Il avait été relevé plusieurs années auparavant par l'organisme de contrôle technique. Plus grave encore : la commission de sécurité avait rendu un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation, en fixant un délai de deux mois pour réaliser les travaux de mise en conformité, notamment l'asservissement des amenées d'air à la détection incendie.

En parallèle, les obligations d'entretien n'étaient pas tenues : ni visites techniques annuelles, ni exercices trimestriels de transfert des résidents. Autrement dit, l'anomalie était écrite noir sur blanc, le compte à rebours était lancé, et rien n'a été fait. Quand le feu est arrivé, l'exutoire était toujours défaillant.

La responsabilité en cascade

Devant le juge, on aurait pu s'attendre à ce que seul l'exploitant réponde des morts. Ce n'est pas ce qui s'est passé.

La direction de l'établissement est condamnée (trois mois d'emprisonnement avec sursis pour la gérante), tout comme la société exploitante en tant que personne morale (10 000 euros d'amende).

Mais la cour d'appel va plus loin. Le technicien de la société chargée de la maintenance, son représentant, et le contrôleur de l'organisme de contrôle technique sont eux aussi déclarés coupables d'homicides et de blessures involontaires. Chacun écope de huit mois d'emprisonnement avec sursis. Le détail qui compte : ces trois-là avaient été relaxés en première instance. En appel, non seulement ils sont condamnés, mais leur peine est plus lourde que celle de la directrice.

Le message est limpide. Celui qui entretient l'installation et celui qui la contrôle ne sont pas de simples prestataires interchangeables : ils ont une part de responsabilité dans le fait que l'équipement fonctionne, ou non, le jour où une vie en dépend. Un contrat de maintenance ne transfère pas la faute, il la partage.

Ce que ça change pour un agent SSIAP

Cette décision n'est pas qu'une histoire de dirigeants et de sociétés. Elle touche le cœur du métier.

Le désenfumage n'est pas une option décorative. Le règlement de sécurité lui fixe un objectif précis : extraire les fumées dès le début de l'incendie (DF 1), selon des principes de désenfumage naturel ou mécanique (DF 3). Et sa fiabilité se prouve par des documents normés, les rapports de vérifications techniques réglementaires (GE 9).

  • Le désenfumage doit fonctionner, pas seulement exister. Un exutoire, un volet, un clapet se testent. Une commande manuelle qui n'ouvre rien, un asservissement qui ne se déclenche pas à la détection, c'est un équipement en défaut, pas un détail cosmétique.
  • Un défaut se consigne. Le registre de sécurité et les rapports de vérifications ne sont pas de la paperasse : ce sont les documents qui prouvent qu'une anomalie a été vue, signalée et suivie. Dans cette affaire, c'est justement la traçabilité du défaut connu qui a fondé les condamnations. Elle peut aussi, à l'inverse, protéger celui qui a fait remonter l'information.
  • Signaler ne suffit pas si personne ne traite. L'avis défavorable, le délai, l'entretien annuel existaient. Le maillon qui a cassé, c'est l'absence d'action derrière l'alerte. L'agent qui détecte doit s'assurer que son signalement remonte et laisse une trace écrite.
  • La responsabilité est partagée. Exploitant, mainteneur, organisme de contrôle : le juge regarde qui savait, qui devait agir, et qui n'a rien fait. Personne ne se cache derrière le contrat du voisin.

À retenir

  • Un exutoire de désenfumage qui ne s'ouvre pas peut transformer un départ de feu en accident mortel.
  • Un défaut signalé et laissé sans suite est une faute, pas une fatalité.
  • La responsabilité pénale se partage entre l'exploitant, le mainteneur et l'organisme de contrôle.
  • Le registre de sécurité et les rapports de vérifications sont votre mémoire et votre protection.
  • Tester, consigner, faire remonter, vérifier que le défaut a été traité : la chaîne ne vaut que si aucun maillon ne lâche.

Source : Cour d'appel d'Aix-en-Provence, 27 février 2006 (JURITEXT000006948956).

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