SSIAP.PRO Média SSIAP - actu, jurisprudences, simulateur, QCM
Chargement...

Abonnez-vous à notre newsletter

C'est fait ! Vérifiez votre boîte mail

Pour finaliser votre inscription, cliquez sur le lien de confirmation dans votre boîte mail. Si vous ne le recevez pas dans les 3 minutes, vérifiez vos spams.

OK, merci
Bougies étincelantes en ERP : ce que dit vraiment la réglementation - sécurité incendie SSIAP

Sparklers à La Guérite : ce que dit la réglementation incendie

À La Guérite, des sparklers "en extérieur", "dans le strict respect de la réglementation". Six mois après Crans-Montana, ce que disent vraiment les textes.

Mickael Mingeau profile image
par Mickael Mingeau
6 mn de lecture
Partager cet article :

Des serveurs qui traversent la salle, bouteilles brandies, surmontées de gerbes d'étincelles. La scène a été filmée à La Guérite, le restaurant-plage festif de l'île Sainte-Marguerite, à Cannes, puis postée sur TikTok en juin. Elle a fait le tour des réseaux. Et dans les commentaires, un mot est revenu : Crans-Montana.

Six mois plus tôt, dans un bar suisse, le même objet a tué 41 personnes. La mairie de Cannes a réagi ; l'établissement a répliqué par un droit de réponse, assurant avoir agi "dans le strict respect de la réglementation". Je vais être direct : sur ce dossier, le vocabulaire ment. Une "bougie étincelante", ce n'est pas une bougie. Et ça change tout.

La Guérite parle de "bougies". Ce n'en sont pas

Commençons par nommer les choses, parce que tout part de là. L'établissement défend l'usage de "bougies étincelantes". Le mot est commode. Il est faux. Ce que le service allume, cierge magique, gerbe, "sparkler", c'est un artifice de divertissement. Un produit pyrotechnique. Pas une mèche et de la cire : un mélange oxydant et un combustible métallique qui brûle à plusieurs centaines de degrés en projetant des particules incandescentes.

Une bougie classique, vous la soufflez. Un sparkler, non. Il se consume jusqu'au bout, il crache des étincelles à un mètre, et ces étincelles retombent sur les nappes, les décors, les cheveux. Concrètement, sur le terrain, ce n'est pas de la décoration. C'est une source d'inflammation mobile, tenue à bout de bras, au milieu du public.

Voilà pourquoi le premier pilier de la défense, "c'étaient des bougies", part sur une base fragile. Un artifice n'est pas une bougie. Et la réglementation ne les traite pas pareil.

Bougie ou artifice ? La différence qui compte
Bougie : mèche et matière combustible (cire), flamme nue, fixe, qu'on éteint d'un souffle.
Sparkler, cierge magique, fontaine : artifice de divertissement (le plus souvent catégorie F1, vendu au grand public). Composition pyrotechnique qui brûle seule, projette des particules incandescentes, ne s'éteint pas d'un souffle. Au regard de la sécurité incendie, ce n'est pas une bougie : c'est une source d'inflammation.

Ce que disent vraiment les textes, restaurant ou pas

Prenons le règlement de sécurité contre l'incendie dans les ERP. Il ne parle pas de "sparklers", mais il encadre les flammes nues, type d'établissement par type d'établissement.

Dans un restaurant (type N), catégorie dont relève La Guérite, l'article N12 est clair : l'utilisation de bougies est admise, mais uniquement dans les salles, et sur des supports stables et incombustibles. Rien de plus. Aucune ligne n'autorise un artifice pyrotechnique. Ce qui n'est pas prévu par le texte ne devient pas permis "par défaut" : en prévention, on ne bricole pas les silences du règlement.

Dans une salle de danse ou de jeux (type P), c'est encore plus net. L'article P17 tient en cinq mots : "L'utilisation de bougies est interdite." Pas de condition, pas d'exception. Et si la simple bougie est interdite, l'artifice qui projette des étincelles, lui, n'a évidemment pas sa place.

Or un restaurant-plage qui pousse la musique et fait danser sa clientèle, dans les faits, exerce une activité de type P. C'est exactement ce que visent les services de secours quand ils parlent des "établissements à musique amplifiée". La frontière N/P n'est pas qu'une case administrative : elle décide de ce qui est permis sur place.

Type N contre type P : la ligne rouge
Type N (restaurants, débits de boissons), art. N12 : bougies admises en salle, sur supports stables et incombustibles.
Type P (salles de danse et de jeux), art. P17 : "L'utilisation de bougies est interdite."
Dans les deux cas, aucun texte n'autorise un artifice pyrotechnique en présence du public.

"En extérieur" : le mot qui ne protège pas

Le deuxième pilier de la défense de La Guérite, c'est l'extérieur. Les sparklers, affirme l'établissement, ont été utilisés "exclusivement en extérieur". Sur une plage, en terrasse, l'argument semble imparable. Il ne l'est pas.

Une terrasse à ciel ouvert, oui, c'est de l'air libre. Mais tendez une bâche, posez un vélum, fermez une pergola : vous venez de recréer un volume. La fumée ne monte plus, elle stagne. La chaleur ne se dissipe plus, elle s'accumule sous la toile. Au sens de la sécurité incendie, cet espace redevient un local, avec un potentiel de propagation, et sans le désenfumage naturel dont on croyait bénéficier "dehors".

C'est précisément ce que pointe la mairie de Cannes : la doctrine appliquée par le SDIS 06 depuis le drame suisse vise aussi "les espaces extérieurs couverts par des bâches, vélums ou dispositifs similaires, comme c'est le cas à La Guérite". Traduction : une terrasse sous toile, ce n'est plus l'extérieur au sens du préventionniste. "Dehors" pour le client n'est pas "dehors" pour le feu.

Quand l'"extérieur" n'en est plus un
Une terrasse couverte (bâche, vélum, pergola fermée, structure textile) piège les fumées et la chaleur. Elle perd le bénéfice du désenfumage naturel et se comporte, au feu, comme un volume fermé. L'argument "c'était en extérieur" ne tient pas dès qu'il y a une toile au-dessus des têtes.

Crans-Montana : pourquoi personne ne devrait sourire

On peut trouver le sujet anecdotique. Une gerbe d'étincelles, deux secondes de show, où est le problème ? Le problème, il a un bilan, et il est récent.

Le 1er janvier 2026, au bar Le Constellation, à Crans-Montana, en Suisse, des fontaines pyrotechniques sont allumées à l'intérieur pour le Nouvel An. Les étincelles atteignent la mousse insonorisante fixée au plafond. En quelques secondes, tout s'embrase. Bilan : 41 morts, 115 blessés. L'un des pires drames de l'histoire suisse récente. Ce sont ces images-là que les internautes ont eues en tête en voyant la vidéo cannoise.

La leçon pour un SSIAP tient en un mot : les matériaux. Ce qui a tué à Crans-Montana, ce n'est pas seulement l'étincelle. C'est un matériau d'isolation qui n'aurait jamais dû s'enflammer aussi vite. En type P, la réaction au feu des décors et revêtements est encadrée (classements M1, M2). Une source d'inflammation mobile plus un matériau mal classé, et vous n'avez pas une minute. Vous avez quelques secondes.

Bar Le Constellation, Crans-Montana, 1er janvier 2026
41 morts, 115 blessés. Origine : des fontaines pyrotechniques ("sparklers") allumées à l'intérieur, qui embrasent la mousse insonorisante du plafond. Quatre personnes mises en examen, dont deux responsables de la sécurité de la commune.

La visite du 13 juillet : recommandation ou interdiction ?

Le 13 juillet, la commission communale de sécurité s'est déplacée à La Guérite. Et c'est là que les deux versions se séparent. Pour la mairie, la visite s'est traduite par "un rappel formel de la réglementation" et une interdiction totale d'utiliser des sparklers. Pour l'établissement, il ne s'agissait que d'une "recommandation", suivie "volontairement et spontanément".

Cette nuance n'est pas un détail de vocabulaire. Une interdiction formelle engage la responsabilité de l'exploitant qui passerait outre. Une simple recommandation, beaucoup moins. En cas de sinistre, croyez-moi, c'est cette ligne-là qu'on relira en premier, procès-verbal en main.

L'établissement met aussi en avant ses mesures de prévention : un agent SSIAP présent chaque jour à partir de 16 heures, des extincteurs en nombre, un personnel formé par le SDIS. Ce sont de vraies mesures, et je suis le premier à les défendre. Mais soyons clairs sur ce que fait un SSIAP. Il assure les rondes, la levée de doute, l'alerte, l'évacuation ; il conseille l'exploitant et signale les pratiques dangereuses. Ce qu'il ne fait pas : autoriser une pratique interdite. Un agent présent à 16 heures ne transforme pas un artifice interdit en usage conforme. Sa présence réduit le délai de réaction ; elle ne réécrit pas le règlement.

Ce que La Guérite a fini par faire

Il faut le dire aussi, parce que c'est vrai : l'établissement a bougé. La Guérite affirme avoir supprimé les sparklers de ses salles intérieures dès janvier, puis, après la visite du 13 juillet, y avoir renoncé partout, dans l'ensemble des restaurants du groupe. Elle précise par ailleurs qu'aucun des 23 établissements contrôlés cet été à Cannes n'appartient à son groupe. Sur le fond, arrêter, c'est la bonne décision.

Ne nous racontons pas d'histoires : ce qui a changé, ce n'est pas le règlement, c'est le regard. Depuis Crans-Montana, plusieurs services d'incendie et de secours durcissent leur position sur les sparklers dans les lieux festifs à musique amplifiée ; l'onde de choc est allée jusqu'aux États-Unis, où des autorités ont réémis des mises en garde en citant explicitement le drame suisse.

La responsabilité, elle, ne bouge pas : l'exploitant reste le responsable unique de la sécurité dans son établissement. Une vidéo qui fait le buzz un soir peut devenir, le lendemain d'un incident, une pièce du dossier. La vraie question n'est pas "est-ce que ça rend bien sur TikTok ?". C'est : qui répond si ça tourne mal ?

Pour aller plus loin

Vous formez des équipes ou vous exploitez un ERP ? Révisez la réaction au feu des matériaux et les consignes d'évacuation avec les simulateurs et outils de ssiap.pro, et gardez un oeil sur les évolutions de doctrine avec notre veille réglementaire.

  • Le règlement de sécurité ERP dans notre recueil : art. N12 (type N) et art. P17 (type P)
  • Incendie du bar Le Constellation, Crans-Montana : dossier et enquête
  • Droit de réponse de La Guérite et position de la mairie de Cannes : presse locale (Nice-Matin, 29 juillet 2026).
Mickael Mingeau profile image
par Mickael Mingeau
Partager cet article :

Consulter d'autres articles sur le même thème

Politique de confidentialité Politique relative aux cookies Conditions générales Mentions légales