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Porte coupe-feu avec joint intumescent visible — résistance au feu REI sécurité incendie ERP

Résistance au feu : savez-vous vraiment lire le R, le E et le I de vos portes coupe-feu ?

Un texte européen publié début juin vient de refixer la grille officielle de la résistance au feu des produits de construction. Derrière les sigles REI, EI, C, S ou F400 que vous croisez à chaque ronde se cache un langage précis. Petit décodage, du mur porteur au désenfumage.

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par Mickael Mingeau
7 mn de lecture
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Sur chaque porte coupe-feu, chaque clapet, chaque mur de recoupement, une petite plaque grave quelques lettres et un nombre : EI 60, REI 120, F400... Un texte européen publié début juin vient de refixer cette grille. Rien de spectaculaire sur le terrain, mais l'occasion idéale de (re)maitriser un langage qu'un bon agent de sécurité incendie doit savoir lire d'un coup d'oeil.

L'actualité : Bruxelles remet de l'ordre dans les classes de résistance au feu

Le 3 juin 2026 a été publié au Journal officiel de l'Union européenne un règlement délégué (UE) 2026/557, daté du 16 mars 2026. Son objet est très technique : il fixe les classes de performance de la caractéristique essentielle « résistance au feu » des produits de construction. Comprenez : les portes, cloisons, planchers, clapets, conduits, câbles et autres éléments qui composent un bâtiment.

Ce texte vient compléter le nouveau règlement européen sur les produits de construction, le règlement (UE) 2024/3110, qui remplace progressivement l'ancien cadre de 2011. C'est ce cadre qui organise le marquage CE des produits du bâtiment et la déclaration de leurs performances.

Le point rassurant pour le terrain : les classes sont reprises à l'identique du régime précédent, pour assurer la continuité. Autrement dit, le vocabulaire que vous connaissez ne change pas. Il est simplement ré-ancré dans le nouveau cadre. Le règlement entre en vigueur vingt jours après sa publication et s'applique directement dans tous les États membres, sans transposition.

Pour l'agent de sécurité incendie, aucune manipulation nouvelle, donc. Mais une excellente piqure de rappel sur des sigles qui tombent à l'examen et qui structurent vos vérifications quotidiennes. Reprenons-les dans l'ordre.

R, E, I : trois lettres, tout le compartimentage

La résistance au feu d'un élément se lit avec trois lettres fondamentales, suivies d'un nombre. Les lettres disent ce qui est garanti, le nombre dit pendant combien de temps.

  • R comme capacité portante (résistance mécanique). L'élément continue de porter sa charge, la structure ne s'effondre pas.
  • E comme étanchéité (intégrité). Ni les flammes ni les gaz chauds ne traversent du côté exposé vers le côté protégé.
  • I comme isolation thermique. La face non exposée ne s'échauffe pas dangereusement (de l'ordre de +140 °C en moyenne), ce qui évite que le feu se propage par simple rayonnement de la paroi.

Le nombre qui suit est la durée tenue, en minutes : 15, 20, 30, 45, 60, 90, 120, 180, 240 ou 360. Ainsi, REI 120 désigne un élément porteur qui reste stable, étanche et isolant pendant deux heures (un mur de recoupement, par exemple), tandis que EI 60 désigne une cloison non porteuse coupe-feu une heure, et E 30 un élément seulement pare-flammes une demi-heure.

Si ces mots vous rappellent quelque chose, c'est normal : ce sont les héritiers directs du vieux langage français « SF / PF / CF », que les Euroclasses ont remplacé.

Ancien langage (France)EuroclasseCe que la classe garantit
Stable au feu (SF)RLa structure porte encore, elle ne s'effondre pas
Pare-flammes (PF)E (parfois EW)Ni flammes ni gaz chauds ne traversent
Coupe-feu (CF)REI (porteur) ou EI (non porteur)Étanchéité aux flammes plus isolation thermique

Retenez la logique de lecture : on lit les lettres de gauche à droite comme un cumul de garanties, puis le nombre comme une durée. Un seul coup d'oeil suffit alors pour savoir si un élément est « juste » pare-flammes ou réellement coupe-feu, et pour combien de temps.

Les lettres qui affinent le classement

Au-delà du trio R-E-I, plusieurs lettres complémentaires précisent le comportement d'un produit. Ce sont elles qui font la différence entre un agent qui « connait les sigles » et un agent qui les comprend vraiment.

  • W : limitation du rayonnement. Un élément classé EW bride le flux de chaleur rayonnée vers les personnes, même sans contact direct de flamme. Utile pour les façades et les parois vitrées.
  • M : résistance à une action mécanique (un choc). Un mur classé REI-M ou EI-M est capable d'encaisser l'impact d'un effondrement voisin sans perdre sa fonction. On l'exige typiquement sur les parois séparatives entre tiers.
  • C : fermeture automatique. C'est la fonction « ferme-porte ». Une porte coupe-feu n'assure son rôle que fermée : la classe C atteste qu'un dispositif la referme seul. Elle peut être complétée d'un chiffre de 0 à 5 indiquant la durabilité, c'est-à-dire le nombre de cycles testés. Un C5 a encaissé au moins 200 000 manoeuvres. C'est exactement la fonction qu'une porte tenue ouverte par une ventouse asservie au système de sécurité incendie doit garantir au moment où elle se libère.
  • S : étanchéité aux fumées. Sur les portes, on rencontre Sa (étanchéité à la fumée à température ambiante) et S200 (étanche jusqu'à des fumées de 200 °C). Car une porte peut très bien arrêter les flammes tout en laissant filtrer des fumées qui, elles, tuent en premier.

Dernier raffinement utile à connaitre : la classification d'isolation des portes se décline en EI₁ et EI₂, selon le point où l'on mesure l'échauffement près de l'ouvrant. Vous n'avez pas à les calculer, mais savoir que les deux existent évite bien des confusions à la lecture d'un procès-verbal.

Décoder une vraie plaque. Une porte marquée EI₂ 60-C5 S200 est étanche aux flammes et isolante thermiquement pendant 60 minutes (selon le critère d'isolation 2), équipée d'un ferme-porte endurant (200 000 cycles), et étanche aux fumées chaudes jusqu'à 200 °C. Tout est dans l'étiquette, à condition de savoir la lire.

Le désenfumage parle la même langue

La résistance au feu ne s'arrête pas aux portes et aux murs. Vos installations de désenfumage sont, elles aussi, classées avec leurs propres lettres :

  • F : les ventilateurs d'extraction des fumées et de la chaleur. Le nombre indique la température qu'ils encaissent tout en continuant de tourner : F200, F300, F400, F600, F842. Le classique F400 120 tient deux heures dans des fumées à 400 °C. Le F842 vise les parkings, où un feu de véhicule monte très haut en température.
  • B : les exutoires de fumées et de chaleur naturels, ces ouvrants en toiture qui évacuent les fumées par tirage. On les classe B300 ou B600. Conçus pour s'ouvrir en cas de feu, ils n'ont logiquement pas de critère d'étanchéité E.
  • D : les écrans de cantonnement (D600, DH), qui retiennent la nappe de fumée sous le plafond pour la canaliser vers les exutoires plutôt que de la laisser noyer tout le volume.
  • Les conduits et clapets d'extraction des fumées portent la classe E600, complétée de suffixes parlants : « single » ou « multi » (mono ou multi-compartiment), « AA » ou « MA » (déclenchement automatique ou manuel), voire « HOT 400/30 » pour un clapet capable de s'ouvrir et se fermer durant 30 minutes jusqu'à 400 °C.

En clair : quand vous déclenchez un exutoire depuis un déclencheur manuel ou que vous consignez un essai de désenfumage au registre, ces sigles décrivent très exactement ce que le matériel sait encaisser.

Tout ce qui traverse un mur coupe-feu

Un compartimentage ne vaut que s'il est étanche de bout en bout. D'où une famille de produits que l'agent croise sans toujours les nommer, et qui figurent eux aussi dans la grille européenne :

  • Clapets coupe-feu (dans les gaines de ventilation) : classés EI plus S, avec les mentions « ve » ou « ho » selon le montage vertical ou horizontal. Ils referment la gaine quand le feu arrive, pour ne pas transporter flammes et fumées d'un compartiment à l'autre.
  • Calfeutrements de pénétration : le rebouchage coupe-feu des traversées de câbles et de tuyaux, classé E ou EI. C'est le mastic, le coussin ou le bloc autour des chemins de câbles. Un trou non rebouché, c'est un compartimentage percé.
  • Joints d'étanchéité linéaires : les jonctions entre mur et plancher, qui doivent rester étanches le temps requis.
  • Câbles résistant au feu : classés P (continuité de l'alimentation et du signal sur la courbe standard) ou PH (à température constante). C'est la garantie que l'alimentation des organes de sécurité (système de sécurité incendie, désenfumage, éclairage de secours) continue de passer alors même que le feu attaque le câble. C'est ce que le terrain appelle souvent un câble « résistant au feu ».

La morale est imparable : une porte EI 60 posée dans un mur percé de traversées non calfeutrées ne vaut plus EI 60. Le classement d'un produit ne protège que si la pose et l'environnement suivent. Le détail qui sauve.

Ce que ça change pour vos rondes

Maitriser ce langage n'a rien d'académique. Au quotidien, il vous sert à :

  • Lire une plaque ou un procès-verbal de classement sans confondre un simple pare-flammes (E) avec un vrai coupe-feu (REI ou EI).
  • Vérifier que les portes à fermeture automatique (C) ne sont pas calées ou bloquées en position ouverte : la classe C ne sert strictement à rien si la porte reste ouverte.
  • Comprendre, au registre de sécurité, les procès-verbaux de résistance au feu et les rapports de vérification des clapets, du désenfumage (F400) et des exutoires.
  • Repérer et signaler les compartimentages percés : traversées non rebouchées, joints abimés, clapet bloqué.
  • Savoir d'où viennent ces classes : elles sont déclarées par le fabricant via le marquage CE et la déclaration de performance. Ce n'est pas à l'agent de les calculer, mais de savoir les lire et de vérifier que l'élément en place correspond bien au besoin.

À retenir

  • R, E, I : R = la structure tient (stable au feu), E = étanche aux flammes et gaz chauds (pare-flammes), I = isolant thermiquement. R + E + I réunis = coupe-feu.
  • Le nombre = la durée tenue, en minutes (de 15 à 360).
  • Les compléments : C = ferme-porte (et sa durabilité C0 à C5), S = étanche aux fumées (S200), W = rayonnement, M = choc mécanique.
  • Le désenfumage : F = ventilateurs d'extraction (F400...), B = exutoires naturels, D = écrans de cantonnement.
  • Le nouveau texte européen ne change pas ces sigles : il les ré-ancre dans le marquage CE. Le langage de la résistance au feu reste R, E, I.

Référence : règlement délégué (UE) 2026/557 de la Commission du 16 mars 2026, publié au Journal officiel de l'Union européenne le 3 juin 2026, complétant le règlement (UE) 2024/3110 relatif aux produits de construction. Article à visée pédagogique ; la classification de référence est la norme européenne de résistance au feu (série EN 13501) et, en droit français, l'arrêté du 22 mars 2004 modifié.

Pour aller plus loin sur ssiap.pro : révisez la résistance au feu et le compartimentage dans le recueil réglementaire, et entrainez-vous à décoder portes, clapets et désenfumage dans le simulateur SSI. Et pour le classement au feu lui-même, passez le banc d'essai R/E/I du simulateur de compartimentage.
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par Mickael Mingeau
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